
L’été où j’ai animé seul, Radio Bormes Aquarium, une radio 24h/24
En 1981, ma vie ressemble à un agenda surchargé.
Je travaille avec Max et Catherine, créateur de la société Hold-Up (4, rue de Braque Paris 3ème), la première société de grands spectacles événementiels et de projections d’images géantes. Nous préparons la Féerie Haussmann — un spectacle de Noël grandiose sur les Grands Boulevards qui réunit les Galeries Lafayette et le Printemps. Animation qui a été décrétée, depuis sa première édition, plus belle animation de Noël d’Europe. J’y collabore depuis décembre 1979.
D’autre part, je fais des remplacements réguliers, la semaine, dans plusieurs clubs parisiens : Le Bus (en remplacement de Jean-Charles), Le Privé (en remplacement de Patrick Verdier), le Régine’s (rue de Ponthieu), L’Aventure (en remplacement d’Alain Chaigon (le club de Dani où Caroline de Monaco avait élu résidence), et le Martin’es (en remplacement de Sergio) .
En mai 1981, avec la libération des ondes et la naissance des radios libres, Patrick Meyer et Sam Bernett (patron du Martine’s) créent RFM dont les studios sont installés dans le centre commercial de Vélizy2. Par l’intermédiaire de deux amis, Jean-François Macaigne et Serge Tahar (dit Sergio Le Buffalo), je rencontre Patrick Meyer et en juin, j’intègre RFM pour les sessions week-end et, par la suite, en semaine en remplacement des animateurs qui étaient en vacances.
Pendant près de neuf mois, j’explore toutes les tranches horaires par session de quatre heures —18h-22h, 22h-02h, 02h-06h, 6h-10h, 10h-14h, 14h-18h — avec une préférence marquée pour les trois premières tranches, celles de fin de journée et de la nuit, qui me laissent plus de liberté musicale. Je passe mes propres vinyles, ceux qu’on ne trouve pas dans la discothèque de la radio. Des auditeurs m’écrivent — certains depuis la prison, me disant que la musique que je leur passe leur apporte du réconfort.
RFM grossit, Coluche arrive, et avec lui les brouillages en direction de Paris. Nous pouvons diffuser vers « la province » mais il devient quasi impossible de capter RFM sur Paris. La radio évolue malgré tout et, du fait du brouillage, a une grande notoriété. L’effet inverse de ce que souhaitait le gouvernement. Quelques mois plus tard Sam Bernett (que je retrouvais puisqu’il était directeur du Martine’s) co-créateur de la station, arrive comme directeur des programmes.
Début 1982, je ressens une certaine lassitude et cherche une occasion pour créer ma propre radio. Le samedi 20 février 1982, je fais ma dernière émission. Le lundi 22, j’officialise mon départ.
La rencontre qui a tout changé
Le mercredi 24 février, je pars quelques jours me reposer à l’Alpe d’Huez, chez Evelyne et Denis Barret, à l’Hôtel Igloo. L’Alpe est une station dans laquelle j’ais sévi comme DJ de 1973 à 1979, au Zoom (appartenant à l’époque à Denis et Evelyne), au Stardust et à l’Utop.
Les Barret ont créé une radio locale dans leur night-club ; situé sous leur hôtel/restaurant où je loge. J’en profite pour animer une session matinale de 10h à 12h.
C’est alors que je rencontre Alain, propriétaire d’un établissement à Bormes-les-Mimosas — un bar glacier appelé l’Aquarium, en bord de mer à La Favière, près du Lavandou.
Il m’a entendu sur Radio Igloo qui m’avait annoncé comme ex-animateur de RFM.
Intéressé par l’idée de créer une radio dans son établissement, je lui soumets une idée folle : animer seul une station, 24 heures sur 24.
Drôle de défit !
Nous convenons des conditions et des besoins.
Je l’informe que je pars pour Saint-Barthélemy le 1er mars et n’en reviens que le 15, puis pour Israël le 21 mars jusqu’au 20 avril — j’y rejoins mon ami Daniel Rosenbaum qui tient « Le Club » à Tel-Aviv et à Haïfa. J’y vais autant en vacances que pour faire le DJ.
Alain me dit qu’il prend en charge l’installation du studio sur la mezzanine de l’Aquarium.
Je profite de mes voyages pour réfléchir au projet et imaginer ce que je vais faire, en ayant toutefois quelques appréhensions sur ce en quoi je me suis engagé.
Les préparatifs
À mon retour, le temps presse. Je prends rendez-vous avec les maisons de disques dès le 21 avril — des contacts d’amitié que j’ai créé depuis 1974 (Polydor, Phonogram, CBS, Musidisc, WEA, etc.) — pour être sûr d’avoir les dernières nouveautés et envisager des actions promotionnelles.
D’autre part, je sélectionne parmi mes milliers de vinyles ceux que j’emporte avec moi.
Pendant ce temps, une équipe d’Aix-en-Provence, spécialisée dans les radios libres, installe le matériel : antenne, émetteur, amplification, console.
Animer seul une station de radio, 24/24, est un pari un peu fou et nombre de personnes de mon entourage essaient de m’en décourager.
Mais plus ils insistent et plus mon envie d’aller au bout et de réussir me taraude.
Ma stratégie est établie : je vais enregistrer pendant quelques temps des bandes sur mes Revox ; un A77 tournant à 9,5/19 et le second un B77 tournant à 4.75/9,5 ; le premier me donnant une autonomie de bandes de 3h15 et le second de 6h30.
La fréquence allouée est 101 MHz.
D’après les techniciens, le rayon de diffusion prévu est d’une trentaine de kilomètres, de la presqu’île d’Hyères jusqu’à Saint-Tropez — avec une réserve côté intérieur des terres, le Massif des Maures risquant de faire barrage.
Il nous faut un nom — l’évidence s’impose à moi : Radio Bormes Aquarium. RBA 101.
Pour l’identité visuelle, je fais appel à mon ami Daniel You, peintre et illustrateur.
Il crée un logo iconique avec son talent habituel : un aquarium avec des antennes, une pieuvre souriante coiffée d’un casque, le nom de la radio et un jack de connexion. Rose et bleu, percutant, immédiatement reconnaissable.
Pour l’identité sonore, je cherche quelque chose de percutant, d’original, d’inédit.
Un « logo » sonore entendu sur nulle autre radio, qui puisse se retenir facilement et surtout que dès les premières notes on puisse l’assimiler à la radio.
Après avoir écouté des centaines de disques, je tombe sur l’évidence : dans Being Boiled » de Human League, extrait de l’album Travelogue (1980), j’entends le son que je cherche. Je l’enregistre, fais un montage pour ne garder que ce qui m’intéresse. J’en prépare plusieurs versions, plus ou moins longues.
Ce sera le jingle de RBA.
J’enregistre aussi mon amie Katell, pour quelques signatures vocales, avec sa voix suave — « J’aime », « Le Rock c’est Bon » — et remonte des jingles américains à ma sauce. Je demande aussi à RFM si je peux remanier quelques jingles à mon usage, ce que l’on m’accorde.
Dernière phase, le slogan. Celui-ci s’impose immédiatement :
« Vous prenez un aquarium que vous remplissez de 101 Mhz, vous rajouter quelques glaçons et vous avez une radio On The Rock’s, fraîche et tonifiante. RBA 101 Mhz. La radio de vos vacances »
Fin avril, j’étais prêt je pris la route pour La Favière avec tout mon barda.
4 mai 1982 : Le grand saut
J’arrive à La Favière le 4 mai vers 22h. Les techniciens finissent leurs derniers réglages. Avant qu’ils reprennent la route pour Aix, l’idée me vient de leur demander de se brancher sur la fréquence pendant que je diffuse — pour voir jusqu’où ils peuvent me capter — et de me rappeler depuis une cabine, s’ils en trouvent une, dès qu’ils perdent le signal. Alain a fait installer une ligne dédiée dans le studio. Nous sommes en 1982 et les portables n’existent pas.
Je décharge la voiture, monte mes cartons de disques, mes bandes et mes deux Revox et m’installe derrière la console.
Je commence à diffuser avec cette sensation étrange que je suis sur une fréquence de radio qui peut être entendu sur un rayon de 30 à 40 kilomètres et que pour l’instant je parle au vide. Personne à part Alain, les techniciens et moi-même savons que cette radio existe.
Les techniciens ne rappelleront jamais.
Je lance un appel au micro :
« Voilà ! Je suis à l’Aquarium à La Favière. Aujourd’hui, une nouvelle radio est née. C’est Radio Bormes Aquarium, RBA 101 MHz. Je suis derrière ma console à diffuser la musique que j’aime, et c’est vraiment très étrange, car je sais que n’importe qui peut m’entendre mais, comme personne ne sait que cette station existe, il est vraisemblable que je me parle à moi-même. C’est assez schizophrénique comme sensation. Alors, il est un peu plus d’une heure du matin et je vais rester, jusqu’à ce que la fatigue l’emporte, à passer des disques. Si jamais quelqu’un m’entend, appelez-moi au (94) 71 07 48 ».
Les heures s’écoulent. J’ouvre mes cartons de disques et continue, sans relâche, à parler dans la nuit, dans le vide des ondes, sans savoir si j’arrive à toucher ne serait-ce qu’une personne pour partager avec moi cette musique que j’aime tant.
Vers trois heures du matin, le téléphone sonne. J’hésite quelques secondes. Je me demande si ce sont les techniciens ou un auditeur « miracle ». Je décroche.
Une voix me dit : « Franck ?…. Franck ? C’est toi ?… » Je n’en reviens pas. Je n’ai jamais dit mon prénom à l’antenne.
Je réponds hésitant : « Oui ! C’est moi. Qui est-ce ? »
« C’est Bernard… de l’Alpe d’Huez, l’ami de Maurice et Corinne. Je travaille dans un bar au Lavandou et je viens de rentrer. Je me suis fait un pétard et je cherchais une station avec de la bonne musique. J’écoutais RMC Rock, mais ça m’a pris la tête. En sillonnant la bande FM, je suis tombé sur cette fréquence qui n’existe pas. Et… c’était trop bien. D’un coup j’ai reconnu ta voix et ton style alors comme tu as donné le téléphone, j’appelle. »
RBA venait de naître.
Les premiers jours : 24h/24 en solo
Après une courte nuit, je commence à enregistrer des bandes sur les Revox. Le but étant d’en faire assez afin que je puisse les synchroniser entre mes émissions en direct et avoir assez de diversité pour que les programmes ne deviennent pas redondants et donne l’impression que j’étais sur l’antenne 24/24h.
Pendant près de deux semaines, je ne quitte pas le studio, dormant sur un lit de camp, alternant émissions en direct et bandes Revox pré-enregistrées pour donner l’illusion d’une présence permanente.
Je mets en place un programme structuré : « Service Compris » de 11h à 13h avec informations locales et touristiques, « Cocktail Après Soleil » de 18h à 20h avec des invités, « Rock on The Rock’s » de 22h à minuit avec une programmation plus rock, des titres plus long et des groupes peu connus.
Ma volonté est de proposer une radio proche des radios californienne.
La première vraie diffusion continue a lieu le jeudi 6 mai.
Le lendemain, je me rends à la mairie de Bormes-les-Mimosas pour rencontrer Serge Buvat dit « Bubu », président du Comité des Fêtes — qui deviendra un ami avec lequel je suis toujours en contact aujourd’hui. La première diffusion 24h/24 démarre le lundi 10 mai.
La première soirée discothèque en plein air en partenariat avec la mairie a lieu le samedi 15 mai.
L’Aquarium ouvre ses portes le jeudi 20 mai. Les curieux affluent pour voir cette radio locale dont les sons commencent à résonner dans tous les commerces du coin. En quelques semaines, RBA devient la radio N°1 sur la région dans un rayon de plus de 30 km, de la presqu’île de St Tropez à la presqu’île d’Hyères/Toulon, avec une lacune vers l’intérieur des terres car le Massif des Maures fait barrages aux ondes.
Avec le temps, magasins, salons de coiffure, bars, plage sont branchés sur RBA 101.
Les journaux locaux, tels Var Matin ou Nice Matin, ont pour consignes de ne pas faire de publicté pour les radios dites locales. J’organise donc des événements afin qu’ils ne puissent faire l’impasse.
Pour cela, je fais appel à quelques amis de maisons de disques comme Antoine Yvernault de chez Polydor, Hughes de Salvador de chez CBS, en pleine promo, il vient de sortir un single sous le nom d’artiste Hughes Hamilton, et de Françoise Perrin de chez Phonogram.


Les invités, les événements, la presse
Ma première émission en direct du bar — « Cocktail Après Soleil » — a lieu le dimanche 30 mai.
Je sillonne les plages et les bars du Lavandou avec mon micro pour y dénicher des personnalités (ce sera l’occasion d’une anecdote amusante).
Je reçois ainsi Charlotte Julian, chanteuse populaire, Bernard Decré, cofondateur du Tour de France à la voile, le chanteur Carmelo Di Napoli, le producteur Mat Gamison.
Et quand les célébrités manquent, je ramène des artistes de rue : un groupe bolivien aux flûtes de pan et ponchos, un couple de joueurs d’orgue de barbarie — diffusés en direct sur les ondes.
Avec Bubu, nous organisons des soirées discothèques en plein air sur les places des communes environnantes — 600 personnes à la soirée du 12 juillet.
Avec mon ami Antoine Yvernault, de Polydor, nous organisons une soirée spéciale avec projections de deux heures de clips musicaux 16mm sur écran géant face au bar.
Lors de la projection, le projecteurs est relié à la radio pour une diffusion en direct sur les ondes : Barclay James Harvest, Jon Anderson, Vangelis, Visage, The Cure, Siouxsee and the Banshee, Charlie, Rainbow, Matchbox, Bad Manners, Roger Daltrey, The Who, Godley Creme, Roxy Music, Chris Rea, The Bee Gees, etc.
En prime, sont offertes 40 places pour le concert, du 27 août 1982, de King Crimson et Roxy Music aux arènes de Fréjus, soit 20 sur place aux spectateurs et 20 aux auditeurs.
King Crimson fut remarquable avec Fripp, en noir, assis sur sa chaise tout au long du concert et le géant Tony Levin avec son stick bass, Adrian Belew, remarquable et bien sûr Bill Brufford le métronome.
Pour Roxy Music, nous sommes partis, comme beaucoup de personnes de l’assemblée, au 3ème morceau.


Impossible pour la presse locale d’ignorer ces événements, malgré les consignes de ne pas promouvoir les radios libres.


Les articles tombent dans Var Matin et Nice Matin — quarts de page, demi-pages — « Spectacle improvisé à l’Aquarium », « Le Rock et la New Wave en son et images », « Aquarium : des couleurs plein la tête ».
Ce qui ne fait qu’augmenter la notoriété et popularité de la radio.


Arrivent alors quelques vacanciers qui me demandent s’il est possible d’animer une émission. Je teste leur aptitude à la manipulation des platines, de la console et du magnéto destiné aux jingles et viennent rejoindre l’équipe Christophe Haleblian, qui prend en charge une émission avec un style très new wave, et Dan Mc Millan qui met en place une émission pour les anglophones avec sa propre programmation. Alain (le patron de l’Aquarium) quant à lui, décide d’animer, de temps à autre, l’émission « Service Compris » quand il n’y a pas trop d’affluence en salle.
Publicités interdites
Je vais aborder deux problèmes sensibles.
Le premier concerne ma rémunération et les accords que nous avions passés avec Alain. Le deal était que je devais recevoir un pourcentage sur les recettes. Donc chaque fin de journée, à la fermeture, il me montre les recettes du jour, sur sa caisse enregistreuse électronique, et me verse ce qu’il me doit. Cependant, une nuit lors d’une émission « Rock on the Rock’s », que j’aime animer de 22h. à 02h. du matin, une envie de glace me prend. Je descends, me rends derrière le bar où se trouve les frigos avec les glaces et me prépare une belle coupe. Je vais pour remonter quand mon œil accroche une poubelle sous le bar, avec des rouleaux de papier. Je trouve cela étrange et me penche pour en prendre un. Je m’aperçois que ce sont des rouleaux pour caisse enregistreuse et réalise qu’Alain ne m’a pas tout dit. Le lendemain, je vais le voir un rouleau à la main. Il est avec sa femme et d’un coup ils deviennent tout pâles. Très calmement, je lui dis que le fait qu’ils aient une double comptabilité m’importe peu, tant que je touche le vrai pourcentage qui m’est dû. Confis, ils s’excusent, me disent qu’ils vont rétablir la situation et que désormais j’aurais accès aux recettes globales enregistrées.
J’en profite pour aborder le sujet des annonces « publicitaires ». Il me dit que c’est interdit et qu’il est responsable s’il a un contrôle ; ce qui m’amuse beaucoup vu la situation que nous venons de régler.
La radio a été créée sous forme d’association loi 1901. Je luis explique qu’il y a une possibilité de faire quelques annonces rémunérées. Lui et sa femme me disent qu’ils ne sont pas intéressés, qu’il n’ont pas le temps de démarcher et que si je reste dans la légalité, et comme ils n’y croient pas beaucoup, je pourrais garder les quelques rentrées faites par ce biais. La radio prenant de l’ampleur, les sollicitations publicitaires se multiplient. Comme dit plus haut, une loi interdit aux radios libres de faire de la publicité.
Qu’à cela ne tienne, je crée et fais imprimer 500 cartes de membres bienfaiteurs et les annonces deviennent des remerciements aux « membres bienfaiteurs », modulés selon l’importance de leur « don ».
Me voilà donc remerciant, sans exagérer, salons de coiffure, bars, commerces, plage, night-clubs pour leur soutien. Cent francs pour trois messages par jour pendant trois jours
Cela me permet de récupérer quelques milliers de francs par semaine, en plus de mes pourcentages sur la recette du bar glacier.
La Rolls et les 150.000 francs
Le 25 juin, une Rolls-Royce décapotable se gare devant l’Aquarium. En descend Monsieur Brémond Dorimond, promoteur immobilier de la région. Il a trois projets en cours : Les Parcs du Lavandou, Les Coteaux de Saint-Clair, et Athena.
Précédemment, plusieurs agents de grands groupes immobiliers sont venus me voir me proposant deux mille francs pour la saison si je passais des messages plusieurs par jour. Propositions que je n’ai pas acceptées.
Nous avons une longue discussion avec monsieur Brémond Dorimond et je lui explique le principe de l’association. Il n’y aura pas de factures mais je peux lui faire un reçu si nécessaire. Je développe une campagne pour ses trois projets et lui propose de faire une émission en directe pour lancer celle-ci.
Je lui propose 50 000 francs par promotion, du début juillet à fin août, diffusée plusieurs fois par jour. Il accepte.
Je l’interviewe le 8 juillet — soir de la demi-finale de la Coupe du Monde France-Allemagne, qui reste un mauvais souvenir pour beaucoup. Sur la mezzanine, on entend les cris des supporters en fond sonore.
« Le Lavandou et Bormes-les-Mimosas vont voir décupler leur population pour la saison estivale. Pour cela il faut pouvoir les accueillir, et j’ai demandé à un spécialiste, Monsieur Brémond Dorimond, de nous en parler… »
Tout l’été, ses trois spots — que j’avais rédigés moi-même — passent en boucle sur les ondes.
25 septembre 1982 : Rideau
Après une dernière soirée discothèque avec Bubu, le samedi 25 septembre 1982, je reprends mes disques, mes bandes et mes Revox. Cinq mois d’antenne. Seul ou presque. 24 heures sur 24.
Radio numéro 1 sur un rayon de 30 kilomètres, de la presqu’île d’Hyères à Saint-Tropez.
Je repars avec une somme rondelette — et des idées plein la tête. Ce que RBA m’a appris à faire — produire, créer, animer, convaincre — allait nourrir toute la suite. La production et édition de disques, la création de sociétés de spectacles, rêver et chercher à réalsier ses rêves quoiqu’il en coûte.
Mais ceci, c’est une autre histoire.
Anecdotes
De mai à mi-juin, je suis resté plus d’un mois sans sortir, sans quitter le studio, sans voir qui que ce soit, si ce n’est les propriétaires de l’Aquarium et ses employés. Durant cette période, mon fils Kévin, qui avait quatre ans, est venu passer quelques temps. Il est devenu le plus jeune animateur de radio de France et peut-être du monde, ayant micro ouvert dans l’émission « Cocktails après Soleil ».
La personne qui s’occupait de lui quand j’étais à l’antenne était une infirmière, qui comme beaucoup de personne écoutait RBA.
Un jour, elle vient me voir me disant :
« Franck, vous savez que j’écoute votre radio tous les jours. Vous savez aussi que je suis infirmière, n’est-ce pas ? Donc, que ce soit six heures du matin, midi, trois heures de l’après-midi, minuit ou deux heures du matin, je peux être appelé. Et quand je prends ma voiture, vous êtes toujours au micro. J’espère que vous ne prenez pas de substances illégales pour tenir. »
Amusé intérieurement, je lui réponds :
« Si vous écoutez mes émissions de nuit, vous avez constaté que je passe parfois des musiques qui dure près de vingt minutes. Il faut que vous sachiez qu’avant de venir ici pour faire cette radio, j’ai passé plus de deux mois avec des moines tibétains qui m’ont appris une certaine méditation transcendantale qui me permet de récupérer une heure de sommeil en deux minutes. Quand je passe un disque qui dure vingt minutes, il me faut deux à trois minutes pour me mettre en état de transe méditative, ensuite je pars dans un sommeil profond pendant six à sept minutes, puis encore deux à trois minutes pour sortir de ma médiation et reprendre pied. Ce qui fait que j’ai pu récupérer, pendant ces quinze à seize minutes, près de six à sept heures de sommeil. »
À son regard je vois qu’elle est estomaquée et qu’elle me croit.
Je rajoute :
« Surtout ne le dites à personne. Cela doit rester entre nous. »
Trois jours plus tard, toutes les personnes que je croisais étaient au corant et me regardaient comme un extraterrestre.
Souvenirs audio
J’ai retrouvé quelques bandes Revox que j’ai numérisées et mis sur a chaîne YouTube
Une campagne de financement participatif est en cours sur Ulule pour permettre la publication des deux tomes.


































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